Marcher vers Compostelle

Un second voyage tant attendu

mercredi 28 juillet 2010

Mercredi 28 Juillet : Santiago à Fistera – peu importe le nombre de kilomètres – Canicule

« Devant la plage de Freixo, les pêcheurs de Galice fouillent le sable à la recherche de coquillages. C’est tout prés que vers l’an 42 après Jésus Christ, les saints Athanase et Théodore échouèrent la barque ou reposait le corps de leur maître, l’apôtre Jacques martyrisé à Jérusalem. »

La route suit la côte. Une côte sauvage parsemée de villages de pêcheurs et plages désertes. Le tourisme est bienheureusement absent. Nous approchons de Fistera et du cap Finisterre. La sensation de bout du monde est présente. Je vais embrasser du regard l‘océan atlantique et m’y plonger.
Demain, peut être, vous offrirais-je quelques photos du cap après avoir fait brûler un vêtement usagé, symbolisant par ce geste, le nouvel état d’esprit né de cette belle aventure.

Merci de votre compagnie, de vos témoignages d’amitiés, ils ont été réconfortants tout au long de notre démarche.





Mardi 27 Juillet : Labacolla à Santiago – 12 km – Beau temps

C’est une étape assez courte qui nous attend aujourd’hui. Nous souhaitons entrer tôt à Santiago but de notre pérégrination. Le pas est léger et notre moral nous porte. A 5 km au « el monté de Gozo » la ville apparaît et l’émotion ne peut se contenir. Nous voici rendu tout simplement.
Malgré la fin des festivités, touristes et pèlerins envahissent les rues. Sur le parvis, une foule joyeuse s’apostrophe dans ce décor de granit solennel et délirant . On se prend en photos, on fait la queue pour obtenir le diplôme, la cathédrale ne peut contenir ses fidèles pour la messe de 12h, les chanteurs de rues répètent des airs connus, on fait la queue pour embrasser le Saint, les terrasses des cafés ne désemplissent pas , le commerce est florissant et les rues transpirent de tourisme.
18 heures, l’heure est à l’apéro et l’église retrouve sa sérénité. Au premier banc, nous participons à l’office dédié aux pèlerins. Le moment est enfin venu pour se recueillir et dire nous sommes arrivés.
Après cette longue marche et notre seconde entrée à Santiago, nous décidons de rallier le Cap Finisterre. Le parcours, contrairement à l’ethique se fera en autobus. Parce que la canicule nous a rattrapés et ensuite parce que nos pieds et jambes crient misère. J’ajouterai contre l’avis de Germaine que son courage a été source de motivation intense pour moi et nombre de pèlerins. Avancer les pieds plats, cheminer en douleur, déambuler lentement, errer sur les routes, évoluer difficilement en descente, faire route en souriant, filer après des anti-douleurs nombreux, progresser tant bien que mal, porter ses pas, s’acheminer sans penser à l’abandon, traîner ses maux, trottiner comme une grand mère, suivre son chemin avec un ensemble de problèmes allant du genou raide à la fixité du pied, dépasse l’entendement. Le sourire permanent, la douleur présente depuis Irun , elle accomplit un exploit.
Je lui dédie simplement ce second pèlerinage.
Quant à moi, les anti-inflammatoires jouaient leur rôle et si j’ai souffert quelquefois, je ne m’en rappelle plus. Il me reste pourtant, une petite histoire d’amitié qui naquit sur ce chemin et qui persiste assez précisément dans ma mémoire . Je vais essayer de vous la raconter.

Un petit œil de perdrix, perdu, trouve asile dans la face interne de mon petit orteil. Ignorant la belle histoire qui s’ensuivrait, je décidai de l’occire sans état d’âme avant le départ. La chose fut accomplie de main de maître par une spécialiste.
Dans sa mansuétude et ses faits bienheureux que le « Camino » diffuse, il redonna vie à ce petit œil de perdrix à peine plus gros qu’une tête d’épingle et le planta à nouveau à la source de ses racines.
Sans méchanceté aucune, le voici s’installant, prenant ses aises et irradiant à sa manière, le territoire offert. La douleur paralysante divulguée ne semble pas au goût de mon ego qui s’insurge et part en guerre contre cette infime petite chose aux grands effets. Ainsi, à grands coups d’armes blanches, bactéricides, chimiques , me voici de bataille en bataille luttant désespérément et inutilement contre cette peste « David ». C’est ainsi qu’intelligemment, à nous haïr, nous apprenions à connaître nos valeurs et trouvâmes ainsi un terrain d’entente. Je lui offrais un lit douillet composé de gaz doucereuse, l’humidité nécessaire à sa croissance, un petit parfum musqué pour son bien être, une ampoule pour éclairer sa longue marche et elle, heureuse, voyageant à son pas, m’offrait silence et apaisement. Ainsi, depuis longtemps déjà, sur ce chemin d’étoiles, partageant nos instants de découvertes, l’infinie diversité du monde qui nous entoure et nos rêves éveillés, naquit une amitié.



Le mot du jour de Germaine : « Fin ou à suivre ? »

« Il faut être fou pour le faire deux fois » ai-je dit à ma première arrivée à Santiago. Souvent au long des étapes – et hors problèmes personnels – je me disais qu’on ne m’y reprendrai plus ( le « on » ici en l’occurrence n’est pas indéfini, il s’agit bien sur de Manu). Et pourtant… Quelle émotion, quand, franchissant un dernier sommet, j’aperçois la flèche de la cathédrale. D’habitude de l’entrée de la ville au lieu de repos je démoralise, tellement c’est long ; Aujourd’hui les deux kilomètres et plus qui me séparent de la cathédrale me réjouissent : J’y suis arrivée… je suis arrivée… Et d’un seul coup, on oublie tout ce que l’on a enduré, une sensation de paix envahit corps et âme.

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