Mercredi 21 Juillet :Mondenedo à Abadin – 18 km
Le soleil est encore sous la couette quand il nous faut capeler le sac et quitter ce village sympathique pour s’attaquer à la rude montée . Monte, descend, monte, descend ; encore et encore tel est notre quotidien. La Galice semble se complaire dans ces vallons frais entourés de montagnes pour notre plus grand plaisir. C’est d’ailleurs une de ces côtes raides du parcours qu’il faut affronter, la tête à toucher les genoux, mais dont on sait déjà qu’elle repoussera l’horizon à entrevoir le but. Les dernières étapes peuvent se compter sur les doigts de la main nous donnant fatalement l’envie d’aller plus loin. Passer la ria Eo, les greniers à grain changent de look. Hors de question de copier nos voisins asturiens. Moins spacieux, plus aérés,
moins élégants, plus rustiques, les ancêtres galiciens ou l’inverse tenaient à leur prototype. A quelques mètres prés, chaque peuple a sa culture, chaque culture fait son peuple.
Le mot du jour de Germaine : « Pétition »
Pour le déplacement des panneaux annonciateurs de la ville plus prés de celle-ci – Chic ! Le panneau « Abadin » - on est arrivé ! Eh bien non, il nous faut marcher encore 1,5 km avant d’atteindre la première maison. Démoralisant, cette attente de l’arrivée. Toute la misère de la route faite vous tombe dessus, il semble qu’on ne peut plus avancer, la fatigue vous enserre telle un étau.
Mardi 20 Juillet : Tapia à Mondenedo – 36 km dont 20 en autobus - Soleil
L’aube a du mal à lever son voile. Assis face à la mer, nous mangeons mécaniquement notre part de brioche accompagnée d’un verre d’eau. 6h 30’ dans la pénombre, nous trottinons sur la nationale 634 ( tiens un changement !) et son cortège de véhicules. J’espère que l’ autoroute en construction ne bifurquera pas à l’intérieur des terres pour prier à Santiago. Vers la fin de matinée, nous enjambons le rio Eo , 600 m de pont qui sépare les terres asturiennes du territoire galicien. Nous quittons une région riche de contrastes ; la mer, la campagne ; le vert, le bleu ; de minuscules vallées, des hautes chaînes de montagne ; de l’industrie active, du tourisme modéré ; du cidre acidulé, du vin blanc léger ; des ruisseaux vigoureux, des rias à l’eau calme ; des plats mijotés de haricots, lard et chorizo, des produits grillés de la mer ; des plages sauvages, des falaises nombreuses. Je sais déjà que je reviendrai .
Mondonedo, un village aux maisons blanches, aux fenêtres habillées de fer forgé noir, aux ruelles tortueuses et nombreux escaliers. Au centre une place pavée où trône une immense cathédrale. Souriez à une habitante et elle rayonne, demander un renseignement et l’on vous en donne deux.
Les pèlerins qui font halte, sont ragaillardis, prêts à affronter les premières dénivelées de la Galice.
Le soir, à l’heure où la bière coule à flot devant les nombreux bars, un concert de jazz dirigé par un célèbre pianiste ( Michel Comilo) , nous rapproche de cette population joyeuse. Le chemin sait faire oublier les périodes difficiles.
Le mot du jour de Germaine : « Viva les Nationales »
La Nationale est « l’Autopista » des pèlerins : elle peut faire gagner quelques kilomètres ; elle est confortable : pas de cailloux qui agressent les dessous de pieds, risque d’entorse nul ; montées et descentes négociées en larges virages ; ventilation assurée : à chaque poids lourd une décoiffante bouffée d’air ; les yeux ne sont plus fixés sur la pointe des chaussures mais sur les bornes kilométriques : 100 m… 400… 1 km de fait !
De la poésie ? Il y en a : ces grains de maïs égrenés par je ne sais quel Petit Poucet pendant tout le parcours, à intervalles réguliers et qui me chuchotent : « Allez, roule ma poule ! ».
Lundi 19 Juillet : Luarca à Tapia - 28 km dont 8 en autobus – Brouillard, pluie
La nationale 632 est toujours au programme mais ce lundi, la circulation intense dés 6 h du matin nous impressionne. La sensation de danger se démultiplie avec ce temps exécrable. On a l’impression de voir un film fantastique se dérouler en 3D avec comme principaux acteurs deux pèlerins qui surnagent dans cette soupe bruyante. Ne me parlez pas de paysage, mais de marques de camions.
A notre grand étonnement, le gîte, isolé à la sortie du village, se trouve au-dessus de la mer. Vite un banc pour poser mes fesses, respirer l’air du large, admirer cette mer houleuse reprendre ses droits. Il fait frais.
Dimanche 18 Juillet : Novellana à Luarca – 33 km dont 15 en autobus - Soleil
Jour sans. Nationale 632 du début à la fin de l’étape. Je suis fatigué, très fatigué et le bus nous sauve d’une sinistrose aigüe. Le sommeil nous happe de 14h à 18h et de 21h à 5h30’.
Samedi 17 Juillet : Cudillero à Novellana – 20 km – Nuageux
Bien entendu, la descente vers le village de Cudillero par l’unique rue hier, suppose en revanche, pour aujourd’hui, la grimpette matinale. La construction d’un nouvel autoroute dans la région , bouleverse le chemin. Une seule solution, la nationale 632 que nous empruntons et que nous emprunterons encore demain. Heureusement, la circulation fluide et les bas côtés relativement larges ne nous exposent pas à trop de danger. Encore un plein de bulles carboniques. Et dire qu’à quelques lieux de là, vers l’intérieur des Asturies, les paysages montagneux font de cette région l’une des plus belles de l’Espagne. La faune sauvage riche et rare comme les loups, chats sauvages et l’ours brun qui fréquentent cette zone contribuent à ce label touristique. Il y a peu de chance et même aucune pour que nous rencontrions ce genre de bestioles, mais il est bon à l’esprit de les savoir là, encore dans les montagnes. Ce soir, nouvelle étape à l’hôtel par manque de gîtes, nos pieds enflent et notre bourse désenfle.
Le mot du jour de Germaine : « Jeu de mots »
Alors que nous débouchons sur une rue résidentielle à la sortie d’un village, une étrange bête traverse la chaussée pour entrer dans son jardin. Avec stupéfaction nous constatons qu’il s’agit ni plus ni moins qu’un « chat pelé », pelé volontairement : un chat angora tondu façon caniche ! Emotion…
Plus loin, Manu s’arrête devant un vieux mur de pierre bien authentique pour l’humidifier de quelques gouttes… Son regard pensif et non moins satisfait du soulagement , remarque, posé sur le mur, un « chapelet », un sympathique chapelet, fait de petites boules de bois bleue et beige reliées par un fin cordage. Il n’en faut pas plus à mon esprit embrumé par l’heure matinale pour se réveiller et associer ces deux faits en un jeu de mots.
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