Marcher vers Compostelle

Un second voyage tant attendu

lundi 12 juillet 2010

Dimanche 11 Juillet : Llanes à Pinares de Pria - 20 km – Nuages et soleil

Des plages de toute beauté vides de baigneurs, un patrimoine remarquable ( églises, authentiques villages asturiens, greniers à grain, monastère abandonné) et toujours cerise sur le gâteau ce sentier calme, ombré, sauvage qui parcourt les lieux.
Depuis mon dernier « coup de blues » sur les auberges de pèlerins, nous dormons en hôtels et pensions. Mais n’imaginez surtout pas que vos petits pèlerins s’embourgeoisent ce qui en soit ne gênerait que leur bourse ! Tout simplement, la région traversée manque de gîtes et sommes obligés de demander l’hospitalité aux auberges de jeunesse privées qui privilégient l’accueil de colonies de vacances et affichent complet. Aujourd’hui, nous allongeons sciemment la ballade pour être en gîte. Un geste d’humilité qui sied parfaitement à notre condition. Mais voilà que la grâce nous enveloppe : le gîte récent nous propose une chambre pour « matrimonio »c’est à dire une grande chambre double avec tout le confort. Alleluia !

Le mot du jour de Germaine : « bestiaire »
Peu d’animaux «sauvages » rencontrés sur ces parcours ; Aussi, ce matin, c’est avec amusement que nous observons le manège d’un écureuil qui veut traverser la route : comme sur un « starking bloc », il prend place au bord du chemin et se lance à toute vitesse pour traverser mais ne va jamais plus loin que le milieu de la chaussée, s’en retournant illico presto se cacher là d’où il vient. Après au moins quatre tentatives –dont une au moment ou une voiture arrive- il se décide enfin et disparaît de l’autre côté. Cocinelle, coléoptère aux couleurs fluos (comme ceux du haut-Languedoc) et petit chevreuil dans les prés. Pas de quoi faire un roman…


Samedi 10 Juillet : La Franca à Llanes - 19 km – Nuages et beau temps en alternance

Les paysages sont toujours plus somptueux. Gorgés d’humidité, les verts brillants tentent d’envahir le ciel et la mer. Prairies, champs de fougères, forêts d’eucalyptus, haies de noisetiers, touches de chênes, la palette du peintre peine à trouver autant de nuances. Le chemin flâne et approche la mer. De minuscules plages isolées découpent les lignes de falaises que nous surplombons. Là, j’ai découvert un « Bufones de arenillas » qui est en fait une cheminée qui part du niveau de la mer et rejoint la crête à 10 ou 20 mètres du niveau de l’eau. La mer s’engouffre et jaillit tel un geyser accompagné d’un souffle impressionnant. Cet évènement géologique est considéré comme « monument historique ». Depuis l’aube, le silence de notre progression sait se faire « causant » pour peu que nous soyons à son écoute ( surtout pour moi qui n’entend que la moitié des sons !) , le chant du coq à l’accent espagnol, le roucoulement de deux ramiers sédentaires, d’innombrables clarines interprétant un concert de musique d’avant garde, la trille du chardonneret qui goutte du bout des dents l’enveloppe charnue des baies de l’églantier, cynorhodons pour les savants, gratte-cul pour nous les gueux et bijoux de corail pour les poètes. En faire des confitures prend un temps fou, autant être paresseux et laisser les oiseaux se régaler de ces petits fruits. Enfin, le souffle puissant des « bufones de arenillas » qui surprend et impressionne le vagabond du chemin. Tant de sons nous réjouit.
Nous découvrons l’agréable cité de Llanés en fête qui marque la fin de balade. Nous allons prendre le temps de nous asseoir à la terrasse d’un café prés du port, demander un cidre local très frais, penser à vous et observer nos bruyants espagnols et leurs marmailles pour un spectacle garanti.


Le mot du jour de Germaine : « tour de magie »

En fin de matinée la fatigue se fait sentir, il fait plus chaud. Vers 12 h on aperçoit la ville, mais le sentier qui s’enroule autour d’une montagne, nous mène à l’opposé ; Dur pour le moral. Cette fin d’étape ne semble plus finir, je me traîne, les « un, deux, trois, quatre, » deviennent des « un, deux, », impossible de chanter, rien ne passe, le pied gauche se fait lourd. Puis soudain, par miracle, au pied d’un Hermitage le sentier déboule sans prévenir dans les rues de cette cité accueillante. Ouf ! nous voici rendus.



Vendredi 09 Juillet : San Vicente de la Barquera à La Franca – 24 km – Nuages très menaçants

Les orages puissants ont parcouru la nuit. Tôt ce matin, un ciel menaçant et un relief plus tourmenté ouvrent notre journée de travail . Le paysage est cerné de hautes montagnes : « Stupeur et tremblement ! » Faut-il escalader ? Notre guide semble dire non pur l’instant. Faut-il croire ce petit raconteur de blagues ? Plus loin en matinée, un panneau routier annonce « Los picos de Europa » (pics d’Europe) fameuses montagnes situées à l’ouest de l’Espagne, au-delà de Santander, en direction de la frontière portugaise. Picos de Europa d’où vient ce nom ? Tout simplement des grands navigateurs espagnols qui, s’en revenant du Continent Américain, apercevaient l’Europe de loin, grâce à ces hauts sommets neigeux que l’on voyait depuis l’Océan Atlantique. Ce sont eux qui les ont ainsi baptisés.
Si ces « picos » étaient des signes de bonheur pour ces hardis navigateurs, ils resteront pour moi si nous les côtoyons - « Ojala que no !» ( j’espère que non !) - des signes de souffrances.
Au cours du cheminement, nous découvrons un grenier à grain, monté sur neuf piliers. Encore un nouveau chapitre d’histoire qui ponctue notre marche. Malgré le guide succinct ( Il est difficile d’emmener des guides de voyage !) qui nous accompagne, nous ne savons jamais exactement où nos pas nous entraîneront mais cela est pur délice de découvrir de nouvelles surprises.

Le mot du jour de Germaine : « chants »
Si généralement je compte : « un, deux, trois, quatre ! », aujourd’hui, Manu chantonne : « Ra ! Ra ! Petit …Peto…Petibus ! Si tu rate le métro, tu prendras l’autobus. » . Il en rêve.. !

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