Marcher vers Compostelle

Un second voyage tant attendu

vendredi 30 juillet 2010

Vendredi 30 Juillet : Fisterra et Cap Finisterre : Beau temps – vent violent

Après une courte balade, nous voici à la borne 0km00. La terre finie, la mer commence. Pour nous, au delà de cette immensité, une autre terre poursuit la route. Mais , au moyen âge ? Pouvons nous imaginer un instant l’émotion du pèlerin qui enfin arrive après dangers et solitudes ?
Pour moi, sur ce fil symbolique, entre terre et mer, je peux enfin me retourner et contempler le chemin parcouru.
Je garde malgré tout, une préférence pour le « Camino Francés » avec ses imposantes cathédrales parfois abandonnées qui étonnent dans la campagne profonde, se routes historiques imprégnées de contes et légendes, ses plateaux asséchés où seule l’ombre du pèlerin accompagne ses pas. La route du Nord, bien plus difficile, réserve son lot de beauté, sa nature florissante, ses échappées vers le large, la gentillesse d’une population qui considère le pèlerin comme un personnage important.
Mais quel que soit le chemin, il n’est pas nécessaire d’ailleurs qu’il aboutisse à Santiago ; Il me confirme pour la seconde fois être une école de vie parce que il nous invite à élargir la perception du monde qui nous entoure, parce qu’il nous remet au contact de la nature et des éléments naturels, parce qu’il demande force et volonté, parce qu’il cultive l’amitié du compagnonnage et celle des rencontres, parce qu’il donne à l’homme devenu pèlerin le temps d’affirmer sa spiritualité.
Dés demain, nous quittons cette parenthèse pour retrouver notre vrae vie, celle que nous avons choisie et dans laquelle nous souhaitons ardemment y retourner. Nous essayerons malgré les difficultés de prolonger les enseignements du Chemin dans la vie de tous les jours, de transmettre notre flamme à ceux qui souhaitent vivre cette expérience et peut être… peut être, remettre nos chaussures, reprendre notre bâton et « anda caminante ! »

« J’étais parti incrédule, doutant, avec les historiens sérieux, que l’apôtre ait jamais mis les pieds à Compostelle. je n’y crois toujours pas. Mais j’ai découvert une vérité : si l’apôtre n’est pas à Compostelle, il est sur le chemin, là où le marcheur le porte, et il fait des miracles. »
Maurice Soutif journaliste

Le mot du jour de Germaine : « Ultreia!»
Tous les matins nous prenons le chemin
Tous les matins nous allons plus loin
Jour après jour la route nous appelle
C'est la voix de Compostelle
Refrain: Ultreia!
Et sus eia!
Deus adjuva nos!
(En avant, en avant,
Va plus haut
Dieu, aide nous)
Chemin de terre et chemin de foi,
Voie millénaire de l'Europe
La voie lactée de Charlemagne,
C'est le chemin de tous les jacquets
Et tout là bas au bout du continent
Messire Jacques nous attend,
Depuis toujours son sourire fixe
Le soleil qui meurt au Finistère.
Chant des pèlerins de Compostelle (J Claude Bénazet)





Jeudi 29 Juillet : Fisterra : Beau temps – vent
Repos, baignade, repas de poissons, ciel de traîne, chapelle du XII è siècle, calvaire, plage de sable, village paisible. J’ai rêvé de ce monde…

Le mot du jour de Germaine :
Ce qui constitue le plaisir du voyageur,
c'est l'obstacle, la fatigue, le péril même.
Quel agrément peut avoir une excursion
où l'on est sûr d'arriver, de trouver
des chevaux prêts, un lit moelleux,
un excellent souper et toutes les aisances
dont on peut jouir chez soi?
Un des grands malheurs de la vie moderne,
c'est le manque d'imprévus, l'absence d'aventures.
Théophile Gautier

mercredi 28 juillet 2010

Mercredi 28 Juillet : Santiago à Fistera – peu importe le nombre de kilomètres – Canicule

« Devant la plage de Freixo, les pêcheurs de Galice fouillent le sable à la recherche de coquillages. C’est tout prés que vers l’an 42 après Jésus Christ, les saints Athanase et Théodore échouèrent la barque ou reposait le corps de leur maître, l’apôtre Jacques martyrisé à Jérusalem. »

La route suit la côte. Une côte sauvage parsemée de villages de pêcheurs et plages désertes. Le tourisme est bienheureusement absent. Nous approchons de Fistera et du cap Finisterre. La sensation de bout du monde est présente. Je vais embrasser du regard l‘océan atlantique et m’y plonger.
Demain, peut être, vous offrirais-je quelques photos du cap après avoir fait brûler un vêtement usagé, symbolisant par ce geste, le nouvel état d’esprit né de cette belle aventure.

Merci de votre compagnie, de vos témoignages d’amitiés, ils ont été réconfortants tout au long de notre démarche.





Mardi 27 Juillet : Labacolla à Santiago – 12 km – Beau temps

C’est une étape assez courte qui nous attend aujourd’hui. Nous souhaitons entrer tôt à Santiago but de notre pérégrination. Le pas est léger et notre moral nous porte. A 5 km au « el monté de Gozo » la ville apparaît et l’émotion ne peut se contenir. Nous voici rendu tout simplement.
Malgré la fin des festivités, touristes et pèlerins envahissent les rues. Sur le parvis, une foule joyeuse s’apostrophe dans ce décor de granit solennel et délirant . On se prend en photos, on fait la queue pour obtenir le diplôme, la cathédrale ne peut contenir ses fidèles pour la messe de 12h, les chanteurs de rues répètent des airs connus, on fait la queue pour embrasser le Saint, les terrasses des cafés ne désemplissent pas , le commerce est florissant et les rues transpirent de tourisme.
18 heures, l’heure est à l’apéro et l’église retrouve sa sérénité. Au premier banc, nous participons à l’office dédié aux pèlerins. Le moment est enfin venu pour se recueillir et dire nous sommes arrivés.
Après cette longue marche et notre seconde entrée à Santiago, nous décidons de rallier le Cap Finisterre. Le parcours, contrairement à l’ethique se fera en autobus. Parce que la canicule nous a rattrapés et ensuite parce que nos pieds et jambes crient misère. J’ajouterai contre l’avis de Germaine que son courage a été source de motivation intense pour moi et nombre de pèlerins. Avancer les pieds plats, cheminer en douleur, déambuler lentement, errer sur les routes, évoluer difficilement en descente, faire route en souriant, filer après des anti-douleurs nombreux, progresser tant bien que mal, porter ses pas, s’acheminer sans penser à l’abandon, traîner ses maux, trottiner comme une grand mère, suivre son chemin avec un ensemble de problèmes allant du genou raide à la fixité du pied, dépasse l’entendement. Le sourire permanent, la douleur présente depuis Irun , elle accomplit un exploit.
Je lui dédie simplement ce second pèlerinage.
Quant à moi, les anti-inflammatoires jouaient leur rôle et si j’ai souffert quelquefois, je ne m’en rappelle plus. Il me reste pourtant, une petite histoire d’amitié qui naquit sur ce chemin et qui persiste assez précisément dans ma mémoire . Je vais essayer de vous la raconter.

Un petit œil de perdrix, perdu, trouve asile dans la face interne de mon petit orteil. Ignorant la belle histoire qui s’ensuivrait, je décidai de l’occire sans état d’âme avant le départ. La chose fut accomplie de main de maître par une spécialiste.
Dans sa mansuétude et ses faits bienheureux que le « Camino » diffuse, il redonna vie à ce petit œil de perdrix à peine plus gros qu’une tête d’épingle et le planta à nouveau à la source de ses racines.
Sans méchanceté aucune, le voici s’installant, prenant ses aises et irradiant à sa manière, le territoire offert. La douleur paralysante divulguée ne semble pas au goût de mon ego qui s’insurge et part en guerre contre cette infime petite chose aux grands effets. Ainsi, à grands coups d’armes blanches, bactéricides, chimiques , me voici de bataille en bataille luttant désespérément et inutilement contre cette peste « David ». C’est ainsi qu’intelligemment, à nous haïr, nous apprenions à connaître nos valeurs et trouvâmes ainsi un terrain d’entente. Je lui offrais un lit douillet composé de gaz doucereuse, l’humidité nécessaire à sa croissance, un petit parfum musqué pour son bien être, une ampoule pour éclairer sa longue marche et elle, heureuse, voyageant à son pas, m’offrait silence et apaisement. Ainsi, depuis longtemps déjà, sur ce chemin d’étoiles, partageant nos instants de découvertes, l’infinie diversité du monde qui nous entoure et nos rêves éveillés, naquit une amitié.



Le mot du jour de Germaine : « Fin ou à suivre ? »

« Il faut être fou pour le faire deux fois » ai-je dit à ma première arrivée à Santiago. Souvent au long des étapes – et hors problèmes personnels – je me disais qu’on ne m’y reprendrai plus ( le « on » ici en l’occurrence n’est pas indéfini, il s’agit bien sur de Manu). Et pourtant… Quelle émotion, quand, franchissant un dernier sommet, j’aperçois la flèche de la cathédrale. D’habitude de l’entrée de la ville au lieu de repos je démoralise, tellement c’est long ; Aujourd’hui les deux kilomètres et plus qui me séparent de la cathédrale me réjouissent : J’y suis arrivée… je suis arrivée… Et d’un seul coup, on oublie tout ce que l’on a enduré, une sensation de paix envahit corps et âme.

lundi 26 juillet 2010

Lundi 26 Juillet : Arzua à Labacolla : 26 km – Beau temps très chaud

Nous retrouvons ces chemins larges, plats en sous bois d’Eucalyptus que nous avions foulé voici dix ans déjà. Santiago n’est plus qu’à un demi pas de géant. Hier, j ‘effleurais le sujet sur ces nombreux et délicieux moments de solitude qui partagent notre route. Ce matin, dés l’aube, la pleine lune en ligne de mire, pour la première fois, des paroles, des conversations, des chants en différentes langues emplissent quelquefois bruyamment le chemin. La grande migration s’accomplit. Un peuple nomade se déplace. Je reste ébahi devant l’ampleur du mouvement et ce après les fêtes fastueuses du 25 Juillet. Fatigués, nous marchons à petite vitesse et durant toute la matinée, des cohortes de pèlerins jeunes, moins jeunes, sportifs, bedonnants, élégants, patauds avec ou sans sac à dos, pressés nous dépassent «  Buen Camino » 10, 20, 100 fois, 300 fois ! peut être plus !
Nous cherchons un hébergement. Labacolla semble être le bon choix. Un hôtel nous accueille. Nous apprenons que nombre de pèlerins sans sacs, ne font que quelques étapes, couchent à l’hôtel et sont acheminés en partie en autocars immenses. Chacun défint cette notion de « à chacun son chemin ! »
La vie quotidienne du chemin qui pourrait se résumer ainsi : marche, laisse-toi conduire, contemple, aie la foi, retourne toi, caresse l’eau du ruisseau, remercie et devient meilleur ; pour ceux qui ont choisi de se retirer temporairement du monde matériel le temps d’un pèlerinage prend fin aujourd’hui.


Le mot du jour de Germaine : « Gato Négro »

Ce matin nous prenons le chemin à 6h30’ comme souvent. Mais contrairement aux autres jours nous n’avons pas à chercher, dans la pénombre, la fameuse flèche jaune qui nous guide depuis le départ. En effet il sort des pèlerins de tous les coins de rue et le troupeau se met en place sur le sentier et à sabots que veux-tu, qui plus vite, qui plus lentement se dirige vers une prochaine étable. La flèche jaune, chien fidèle, assure que le troupeau ne s ‘égare pas ; Il y a bien quelques têtes qui s’arrêtent aux abreuvoirs, mais sagement se remettent dans le rang. Toutes, sauf une, une tête forte qui voudrait que le troupeau s’affole. Voilà quelques temps déjà que, tel Zorro, un certain « Gato Negro » (chat noir) signe sa présence incongrue sur les murs, bornes et autres supports : « Gato Négro porte malheur » ,« Gato Négro souhaite aux pèlerins bonheur », « A toute les Maria que Gato Negro a mangées » etc, etc… Mais bien gardé et indifférent, le troupeau avance.

dimanche 25 juillet 2010

Dimanche 25 Juillet : Sobrado Dos Monxes à Arzua : 20 km – Beau temps très chaud

Petit matin tranquille, petit chemin tranquille; L’ombre, compagnon de route, accompagne notre solitude. Pourtant, l’homme qui voyage à pied dans la nature n’est, selon la jolie expression de Georges Moustaki dans l’une de ces chansons, « jamais seul avec sa solitude ». Vrai parce que la marche au long cours dénuée de tout èvènement extérieur, isolée de tout bruit et musique, distraite rarement par les parole échangées, a tendance à agiter le passé, dans son tourbillon de souvenirs ; à imaginer le futur dans sa plus belle version, qu’il s’apprête à dicter. Interrompu par la visite discrète d’une mésange, bercé à nouveau par le rythme lent et le calme feutré du paysage, je repars aussitôt refaire mon monde, tandis que Germaine prise dans son rêve, conduit un troupeau…
La chaleur nous surprend sur cette fin de parcours. Arzua, point de rencontre du « Camino del Norte » ( le notre) et celui du « Camino Francés » ( celui qui arrive de St jean Pied de Port) retrouve un long cortège de pèlerins. Les gîtes sont complets. Un hôtel nous propose sa dernière chambre. Merci ! Demain, jour J-1 entame notre impatience. Santiago est à deux pas (de géant) .



Samedi 24 Juillet : Baamonde à Sobrado Dos Monxes : Repos

Repos nécessaire. Je vous laisse poursuivre le texte comme vous l’auriez souhaité. Bonne sieste !
Nous logeons en gîte de 90 places dans l’abbaye cistercienne de Sobrado dédié à Santa Maria. Nous assistons aux vêpres. Un chœur de moines chante les psaumes. Ces instants de foi , rares sur ce chemin méritent tout notre recueillement. Paix dans le monde.

vendredi 23 juillet 2010

Vendredi 23 Juillet : Vilalba à Baamonde - 21 km – Beau temps, très frais


La journée est riche en cueillette photographique. Les constructions en pierres foisonnent sur cette route. Des hameaux d’un autre siècle ponctuent l’étape. Habités ou abandonnés, ils racontent l’histoire de cette Galice profonde, rude et rurale. Du schiste sombre maculé d’oxyde de fer forme l’ossature des maisons , d’énormes blocs de grés taillé supportent les ouvertures et l’ardoise moussue protège ces bâtisses simples et rustiques où animaux et hommes vivaient en symbiose. Les champs clos par des dalles d’ardoise plantées au sol, surprennent le promeneur. Des kilomètres de murs encore debout défient le temps. Par ci, par là, d’attrayantes fontaines ne cessent de déverser une eau limpide, fraîche et gratuite pour ses abonnés. Le chemin semble calme. Quelques pèlerins nous dépassent « Buen Camino ! » . nous sommes loin de la cohue décrite à la une des journaux. Les hébergements, gymnases, salles en tout genre du « Camino Francés », celui qui part de St Jean Pied de Port et passe par Burgos et Leon ,n’arrivent à contenir cette marée de pèlerins. Santiago sera sans doute couronnée ce dimanche 25 Juillet capitale mondiale de la Foi Chrétienne. Je ne partage pas cet engouement et ces concentrations mais je trouve pour notre religion que c’est bien ainsi et qu’il est bon de montrer qu’elle continue d’exister.
Toujours plus nombreux :
1987 – 2905, 1993 – 99436 Année Sainte, 1996 – 23218, 1999 – 154613 Année Sainte, 2000 – 55004, 2004 – 179944 Année Sainte, 2006- 100377, 2008-125141, 2009 – 145877, 2010 - X ¨+ Germaine et Manu : Année Sainte (source : oficina de Acogida al peregrino).

jeudi 22 juillet 2010

Jeudi 22 Juillet : Abadin à Vilalba - 19 km – Nuageux, frais

Après quelques incursions en Nationales, voici enfin depuis hier, le retour aux beaux spectacles. Un festival de plein air qui étale sans modération des paysages d’une beauté insolente. Entre combes boisées d’Eucalyptus, prairies d’alpage, bocages entretenus, ruisseaux chantants, hameaux isolés, nous avançons, savourant cet hymne à la nature que seul le marcheur sur ces itinéraires les plus reculés et dans sa lente pérégrination est à même de découvrir. Seule l’expérience vécue délivre ces fragrances de bonheur qui n’existent pas sur les livres.
Rousseau dans « mon portrait » disait : « je ne fais jamais rien qu’à la promenade, la campagne est mon cabinet ;l’aspect d’une table, du papier, des livres me donne l’ennui… » « Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans les voyages que j’ai fait seul et à pied…je dispose en maître de la nature entière. »
De temps en temps, pèlerins isolés ou groupes passent d’un pas rapide. La date du Dimanche 25 Juillet à Santiago pour le pèlerin permet d’assister aux festivités religieuses. Aussi devient-elle pour eux, un objectif difficile à atteindre ( quatre étapes de 35 à 40 km).
Adeptes sans condition de la fable « Le Lièvre et la tortue », n’aimant l’épreuve outre mesure ni le dépassement de soi excessif et en cette période d’absolution, nous nous déclarons maîtres et responsables de nos pêchés et n’envisageons en aucune façon une arrivée le 25 dans la cohue et l ‘ambiance de fête inévitable .
D’ailleurs, la une des journaux espagnols relatent : « La avalancha de peregrinos empieza à desbordar albergues y polideportivos en el Camino de Santiago » (Une avalanche de pèlerins commence à déborder des auberges et gymnases sur le chemin ». Par centaines, ils arrivent et dorment à la belle étoile dans les parcs.
Le chemin du Nord heureusement pour nous, ne connaît pas un tel enthousiasme.




Le mot du jour de Germaine : « Histoire des années saintes »
2010, DEUXIÈME ANNÉE JACQUAIRE DU TROISIÈME MILLÉNAIRE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE
Lorsque la fête de la saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche, c'est une année sainte compostellane ou année jubilaire de saint Jacques ou année jacquaire. L'évènement donne lieu à d'importantes manifestations en Europe, tout au long des chemins, dans les hauts lieux du patrimoine compostellan et à Santiago de Compostela même.
Les années saintes ou jubilaires
L'année jubilaire chrétienne a été instituée en 1300 par le Pape Boniface VIII selon une tradition de l'ancien testament et est associée à une indulgence plénière (rémission des péchés). Au fil des siècles et jusqu'au XVe siècle, sa périodicité passe de cent à cinquante ans, puis trente-trois ans, vingt cinq ans.
Les années jacquaires
La première année jacquaire attestée historiquement date de 1428. La tradition de l'année jacquaire a été relancée en 1965. L'événement se reproduit au rythme de tous les 6, 5, 6 et 11 ans :
... 1954, 1965, 1971, 1976, 1982, 1993, 1999, 2004, 2010, 2021, 2027, 2032, 2038, 2049, 2055, 2060, 2066, 2077, 2083, 2088, 2094, 2105,...
D'un point de vue chrétien
Symboliquement, la porte Est de la cathédrale de Santiago de Compostella est ouverte au 31 décembre de l'année précédent l'année sainte. Pour le pèlerin, une indulgence plénière lui est accordée s'il remplit les obligations de prière, de confession, de rites, que l'Eglise a édicté. La fête religieuse de la saint Jacques débute le 24 juillet au soir par l'Office des Vêpres. Elle se poursuit le jour suivant, 25 juillet, par une liturgie adaptée dont on peut trouver les éléments rituels pour le chant et la musique dans le Codex Calixtinus (manuscrit du XIIème siècle) conservé par l'Archevêché de la cathédrale de Compostelle.

mercredi 21 juillet 2010

Mercredi 21 Juillet :Mondenedo à Abadin – 18 km

Le soleil est encore sous la couette quand il nous faut capeler le sac et quitter ce village sympathique pour s’attaquer à la rude montée . Monte, descend, monte, descend ; encore et encore tel est notre quotidien. La Galice semble se complaire dans ces vallons frais entourés de montagnes pour notre plus grand plaisir. C’est d’ailleurs une de ces côtes raides du parcours qu’il faut affronter, la tête à toucher les genoux, mais dont on sait déjà qu’elle repoussera l’horizon à entrevoir le but. Les dernières étapes peuvent se compter sur les doigts de la main nous donnant fatalement l’envie d’aller plus loin. Passer la ria Eo, les greniers à grain changent de look. Hors de question de copier nos voisins asturiens. Moins spacieux, plus aérés,
moins élégants, plus rustiques, les ancêtres galiciens ou l’inverse tenaient à leur prototype. A quelques mètres prés, chaque peuple a sa culture, chaque culture fait son peuple.



Le mot du jour de Germaine : « Pétition »
Pour le déplacement des panneaux annonciateurs de la ville plus prés de celle-ci – Chic ! Le panneau « Abadin » - on est arrivé ! Eh bien non, il nous faut marcher encore 1,5 km avant d’atteindre la première maison. Démoralisant, cette attente de l’arrivée. Toute la misère de la route faite vous tombe dessus, il semble qu’on ne peut plus avancer, la fatigue vous enserre telle un étau.






Mardi 20 Juillet : Tapia à Mondenedo – 36 km dont 20 en autobus - Soleil
L’aube a du mal à lever son voile. Assis face à la mer, nous mangeons mécaniquement notre part de brioche accompagnée d’un verre d’eau. 6h 30’ dans la pénombre, nous trottinons sur la nationale 634 ( tiens un changement !) et son cortège de véhicules. J’espère que l’ autoroute en construction ne bifurquera pas à l’intérieur des terres pour prier à Santiago. Vers la fin de matinée, nous enjambons le rio Eo , 600 m de pont qui sépare les terres asturiennes du territoire galicien. Nous quittons une région riche de contrastes ; la mer, la campagne ; le vert, le bleu ; de minuscules vallées, des hautes chaînes de montagne ; de l’industrie active, du tourisme modéré ; du cidre acidulé, du vin blanc léger ; des ruisseaux vigoureux, des rias à l’eau calme ; des plats mijotés de haricots, lard et chorizo, des produits grillés de la mer ; des plages sauvages, des falaises nombreuses. Je sais déjà que je reviendrai .
Mondonedo, un village aux maisons blanches, aux fenêtres habillées de fer forgé noir, aux ruelles tortueuses et nombreux escaliers. Au centre une place pavée où trône une immense cathédrale. Souriez à une habitante et elle rayonne, demander un renseignement et l’on vous en donne deux.
Les pèlerins qui font halte, sont ragaillardis, prêts à affronter les premières dénivelées de la Galice.
Le soir, à l’heure où la bière coule à flot devant les nombreux bars, un concert de jazz dirigé par un célèbre pianiste ( Michel Comilo) , nous rapproche de cette population joyeuse. Le chemin sait faire oublier les périodes difficiles.


Le mot du jour de Germaine : « Viva les Nationales »
La Nationale est « l’Autopista » des pèlerins : elle peut faire gagner quelques kilomètres ; elle est confortable : pas de cailloux qui agressent les dessous de pieds, risque d’entorse nul ; montées et descentes négociées en larges virages ; ventilation assurée : à chaque poids lourd une décoiffante bouffée d’air ; les yeux ne sont plus fixés sur la pointe des chaussures mais sur les bornes kilométriques : 100 m… 400… 1 km de fait !
De la poésie ? Il y en a : ces grains de maïs égrenés par je ne sais quel Petit Poucet pendant tout le parcours, à intervalles réguliers et qui me chuchotent : « Allez, roule ma poule ! ».





Lundi 19 Juillet : Luarca à Tapia - 28 km dont 8 en autobus – Brouillard, pluie
La nationale 632 est toujours au programme mais ce lundi, la circulation intense dés 6 h du matin nous impressionne. La sensation de danger se démultiplie avec ce temps exécrable. On a l’impression de voir un film fantastique se dérouler en 3D avec comme principaux acteurs deux pèlerins qui surnagent dans cette soupe bruyante. Ne me parlez pas de paysage, mais de marques de camions.
A notre grand étonnement, le gîte, isolé à la sortie du village, se trouve au-dessus de la mer. Vite un banc pour poser mes fesses, respirer l’air du large, admirer cette mer houleuse reprendre ses droits. Il fait frais.





Dimanche 18 Juillet : Novellana à Luarca – 33 km dont 15 en autobus - Soleil

Jour sans. Nationale 632 du début à la fin de l’étape. Je suis fatigué, très fatigué et le bus nous sauve d’une sinistrose aigüe. Le sommeil nous happe de 14h à 18h et de 21h à 5h30’.



Samedi 17 Juillet : Cudillero à Novellana – 20 km – Nuageux

Bien entendu, la descente vers le village de Cudillero par l’unique rue hier, suppose en revanche, pour aujourd’hui, la grimpette matinale. La construction d’un nouvel autoroute dans la région , bouleverse le chemin. Une seule solution, la nationale 632 que nous empruntons et que nous emprunterons encore demain. Heureusement, la circulation fluide et les bas côtés relativement larges ne nous exposent pas à trop de danger. Encore un plein de bulles carboniques. Et dire qu’à quelques lieux de là, vers l’intérieur des Asturies, les paysages montagneux font de cette région l’une des plus belles de l’Espagne. La faune sauvage riche et rare comme les loups, chats sauvages et l’ours brun qui fréquentent cette zone contribuent à ce label touristique. Il y a peu de chance et même aucune pour que nous rencontrions ce genre de bestioles, mais il est bon à l’esprit de les savoir là, encore dans les montagnes. Ce soir, nouvelle étape à l’hôtel par manque de gîtes, nos pieds enflent et notre bourse désenfle.


Le mot du jour de Germaine : « Jeu de mots »

Alors que nous débouchons sur une rue résidentielle à la sortie d’un village, une étrange bête traverse la chaussée pour entrer dans son jardin. Avec stupéfaction nous constatons qu’il s’agit ni plus ni moins qu’un « chat pelé », pelé volontairement : un chat angora tondu façon caniche ! Emotion…
Plus loin, Manu s’arrête devant un vieux mur de pierre bien authentique pour l’humidifier de quelques gouttes… Son regard pensif et non moins satisfait du soulagement , remarque, posé sur le mur, un « chapelet », un sympathique chapelet, fait de petites boules de bois bleue et beige reliées par un fin cordage. Il n’en faut pas plus à mon esprit embrumé par l’heure matinale pour se réveiller et associer ces deux faits en un jeu de mots.