Jeudi 08 Juillet : Comillas à San Vicente de la Barquera – 12,5 km - nuages
L’étape est raccourcie volontairement. Il faut savoir ménager sa monture après 16 jours de course. Ceci va nous permettre de nous attarder à San Vicente de la Barquera et découper équitablement les étapes suivantes ( 20 km de moyenne).
Les paysages deviennent de plus en plus alléchants, les premières Rias se jetant à la mer et cernées de montagne font leur apparition, une sublime toile sur laquelle se déroule le film serein de la vie rurale. Je n’ai pas résisté à vous offrir un beau spécimen de vache espagnole.
Nous célébrons l’entrée dans les Asturies.
Le mot du jour de Germaine : « Logistique et paradis » (4)
Le « un, deux, trois, quatre » de ce matin est à la mesure de mon état d’esprit : au top ! Seulement 12,5 km et avons encore entouré « posadas et hôtels » .
Au lever ce matin (5h50’) après avoir mis silencieusement ( certains dorment encore) et dans l’obscurité, les dernières affaires dans le sac, nous avons pris notre petit déjeuner sur place car il y a une cuisine (Sinon un yaourt à boire et une madeleine font l’affaire, le vrai petit déjeuner sera pris après deux heures d’effort dans un café ou sur le bord du chemin si les cafés sont des mirages.) ensuite mise de pieds dans les chaussures, laçage, mise au dos du sac, réglages, prise en main des bâtons, et c’est parti : « un, deux, trois, quatre » « un, deux, trois, quatre ». Ce qui est sûr c’est que les jours qui suivront se ressembleront . Toute cette logistique est , ô combien … peu, oui vraiment peu « paradisiaque »…. !
Mercredi 07 Juillet : Santillana del mar à Comillas -24 km - beau temps
En traversant le Gers, je trouvais que chaque colline avait sa ferme et que chaque ferme avait sa colline. Aujourd’hui je dis à nouveau : chaque colline à son lieu de prière et chaque lieu de prière a sa colline. Malheureusement, comme chez nous, les portes sont closes. Les prêtres étudient ce problème et plus particulièrement sur ce chemin de foi, mais ils se heurtent aux décisions des évêchés qui priorisent les pèlerinages vers Lourdes ou Rome plus valorisants pour leur image, au détriment de cette route où circulent quelques gueux poussiéreux..
Le circuit de toute beauté alterne paysages maritimes, vallées bucoliques, patrimoine historique considérable pour nous déposer à Comillas . Notre guide du parcours annonce une petite ville jolie. Encore une fois, nous relevons l’anomalie du jour. Les auteurs ont certainement glané des informations çi et là sans faire réellement le trajet. En guise de jolie petite ville, c’est encore un haut lieu de l’histoire qui mérite une visite approfondie lors d’un prochain voyage touristique. Le pèlerin moyen comme nous, ne peut exiger à son corps un effort complémentaire pour visiter les cités. En premier lieu, les gîtes ouvrent généralement vers 16h, en second lieu, la toilette, les soins et massages, le linge demande du temps et en troisième lieu, la fatigue cumulée ne peut être un vecteur de curiosité culturelle profonde.
Le mot du jour de Germaine : « Logistique et paradis » (3)
Ce matin mes jambes me font littéralement défaut, j’ai beau compter « un, deux, trois, quatre », en rythme pour me donner celui-ci mais ce dernier se fait tirer l’oreille. Pourtant hier soir j’ai administré à mon estomac ce qu’il fallait pour satisfaire mon corps : une énorme entrecôte grillée au feu de bois, sans parler de gambas, de la crème catalane, du verre de vin pour moi et cidre local pour Manu… Il fallait bien parfaire totalement cette journée ! Ce soir ce sera « plato combinado » dans un café avec télé, match de foot oblige. Lorsque les « albergue pour pérégrinos » ont une cuisine on se fait chauffer un plat au micro-ondes. Parfois des restos proposent des menus pèlerins entre 6 et 10 € vin compris, ils sont copieux. Ensuite avant de revêtir nos tenues de nuit , pour être exact des tenues de randos adaptées à la nuit, (pas de risque de se tromper de réalité), on devient infirmier, masseur et peut être guérisseur. Nous parons les pieds de pansements préventifs, frottons les jambes avec de l’huile à l’arnica additionnée d’autres aux pouvoirs anti-inflammatoires… Bonne nuit.
Mardi 06 Juillet 2010 : Santander à Santillana del mar - 45 km dont 21 km en train - Nuages
Hier soir, la restauratrice du coin, au menu pèlerin, nous suggère de quitter Santander en train pour cause de travaux importants à la périphérie et parce que le pont de la « RENFE » (SNCF) situé à 19km par lequel les pèlerins cheminent est actuellement interdit. En ce qui nous concerne, pas de problème. D’un commun accord la décision est prise. La balade, ne mérite aucun commentaire. L’homme façonne les paysages de façon anarchique . Des villages sans âmes, aux maisons identiques naissent à n’en plus finir. Je suis triste de parcourir ce coin. Le ciel s'assombrit, la pluie goutte sur nous, un peu, puis s'évanouit comme elle est venue...
En arrivant à Santillana Del Mar. Oh surprise ! Un petit bourg médiéval, admirablement conservé, aux maisons ornées de balcons fleuris et rues pavées qui fait partie des plus beaux villages d’Espagne nous surprend. Au centre, la collégiale Santa Juliana superbe et riche de trésors architecturaux et sobre de décors flamboyants enchante le visiteur et nous conte un siècle d’histoire. Il fait bon s’y ressourcer pour affermir sa volonté de poursuivre sa marche, s’il en était besoin. La magie du lieu et la découverte d’une « posada » charmante et ancienne demeure, les murs blancs, à l’odeur de cire omniprésente et aux meubles baroques de style espagnol, obligent vos respectables pèlerins à y passer la nuit.
Le mot du jour de Germaine : « Logistique et paradis » (2)
Le livre promet une fin d’étape de toute beauté et pour que cela le soit encore plus nous rayons l’auberge pour pèlerin et entourons les mots « posadas » et « hôtel ». Mais pour y arriver il faut affronter 24 km de chemin et surtout de route.
« Oyga senior ! A cuanto kilometros estamos de Santillana ? » Quoi ! 5 km ! j’en avais compté 3 ! Mes jambes font la mauvaise tête et ma tête me susurre : après sa douche Manu partira en repérage « ( il ne fait aucun doute qu’il en profite pour se désaltérer) mais avant il aura fait sa lessive, comme moi la mienne ; Un peu de repos en attendant son retour puis ce sera écriture et courses ou couses et écriture ou que courses…Mais dans ce village médiéval annoncé je pense qu’il faudra convaincre jambes et pieds à rajouter de la visite…
Lundi 05 Juillet : Santona à Santander 42 km dont 18 en voiture – Beau temps chaud
La journée s’annonce particulièrement intéressante. Un départ à l’aube, une petite conversation technique avec les pêcheurs du coin, un chemin le long des marais libérés par la marée, quelques familles de poules d’eau en quête du petit déjeuner, l’échasse blanche endormie sur sa patte, trois foulques-macroules inspectent le territoire et rament pour le plaisir puis une plage immense auréolée de brume. Ces quelques scènes, introduisent les prémices d’une journée sereine . Très vite, une rude montée envahie de fougères, nous propulse au sommet du monticule. Là, plus bas, une large plage déserte, hors de la civilisation dévoile son charme sauvage. Un petit matin du monde pour nous, rien que pour nous. Au-delà de cet Eden, le chemin fonce vers l’intérieur des terres . Ca et là, entre prairies et cultures, de nouveaux villages aux habitations identiques, défigurent le coin. L’intérêt décroît et notre moral avec. Notre objectif, compte tenu d’alertes inflammatoires de nos pneus est de rejoindre Santander en autobus à partir du village de Guèmes . Nous aurons ainsi pour la journée 24 km à notre actif . Mais, « Pas de chance » nous sourit, un seul passage de bus le matin à 7h30’. Courage, plus que 8 km (pour traverser le ria en bateau pour Santander) . A l’instant, un ange passe, s’arrête et nous propose son aide. Nous voici en quelques minutes en compagnie du Padre Ernesto curé de la paroisse, sur la voie rapide en voiture ( muchas gracias Senior). Nous visitons ou plutôt survolons trois rues de Santander. Il est souvent difficile après la douche et quelques instants de repos de vagabonder en ville. Ce soir, un dortoir usine en forme de boite de sardines. J’ai envie de crier que tout n’est pas gai sur le chemin, notamment les soirées. Difficile de bouger dans les étroites travées, d’ôter son vêtement ou de sentir à un cheveu prés les atours costauds de vos voisines , difficile de vivre sans bruit : respect de la sieste, respect des couche- tôt, respect des couche- tard, difficile de prendre son temps sous la seule douche et de se pouponner lorsque la meute attend sourire aux lèvres bien entendu mais prête à bondir malgré tout ; difficile de prendre le sommeil avec le grincement des sommiers qui crissent au moindre geste, difficile d’aller pisser dans la nuit sans rencontrer un sac ou des godillots sur votre route , difficile de préparer son sac à l’aube dans la pénombre, difficile d’avaler un petit déjeuner composé de yaourt et biscuits plus ou moins écrasés en attendant l’ouverture d’un café, enfin difficile de tout, tout, tout !
Bonne nuit les amis.
Le mot du jour de Germaine : « Logistique et paradis» (1)
Il est 12H30’, il fait chaud. Le car attendu n’existe pas… Il faut rajouter 8 km pour espérer en trouver un. Allez mes jambes, on y va. . Ma tête, elle, est déjà au gîte : Manu pose son sac et court se doucher comme à son habitude. Moi je préfère installer mon lit, c’est à dire étendre mon « sac à viande », sortir mes trois sacs : nuit, vêtements, rechanges, et les affaires de douche puis prendre mon tour… mais que se passe-t-il ? Manu me crie : « traverse », on m’arrache mon sac et me voilà installer à l’arrière d’un « Kangoo » aussi blanche que les longs cheveux bouclés et la barbe de son conducteur… Je me crois au paradis.
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