Marcher vers Compostelle

Un second voyage tant attendu

samedi 1 mai 2010

Samedi 1er Mai - Les Cassés à Avignonet de Lauragais - 24km – Pluie fine

Une maison très ancienne, plantée là devant un jardin aux herbes folles, au centre d’un village minuscule, nous accueille.
Heureuse surprise, Hector et Gérard débarquent après une très longue étape. Notre hôte, Christiane, belge et très classe, nous reçoit avec sympathie et n’accueille que les pèlerins pour un prix modique ( nuit, dîner et petit déjeuner). Au cours du repas, excellent par ailleurs, Gérard, très direct dans ses questions demande : « Vous arrivez à vivre sans accueillir d’autres personnes ? »
Réponse : « je n’accueille pas les pèlerins pour vivre, mais par plaisir de la rencontre. Par ailleurs, bénéficiant d’une pré-retraite, propriétaire de mon bien et sans grands besoins cela me va. J’ai aussi eu un cadeau de la vie et en faisant cela, j’essae de le partager. »
Ces quelques mots, simplement pour résumer l’attitude de beaucoup de personnes qui ponctuent notre route et dont un de leurs buts est de nous aider sans esprit mercantile avec une générosité qui dépasse l’entendement.
La pluie nous offre sa fraîcheur, les escargots sont nos compagnons de route, la solitude présente, les oiseaux s’abritent au creux des arbres, les garennes dans les terriers, les ragondins dans leurs caves et même les reinettes demeurent muettes. Imaginez un serpent de verdure long comme un département dans lequel coule un ruisseau à l’eau abondante longé par un chemin régulier, plat qui traverse une campagne riche d’une palette de verts étincelants. L’idéal pour un marcheur peinard comme moi. Pourtant, la régularité agaçante des gouttes qui nous mouillent, qui obstruent notre vision, qui coulent sur nos verres dépourvus d’essuie-glace arrivent à anhilier le charme du parcours. Galère ! Galère !
Ne dit t-on pas que la pluie n’arrête pas le pèlerin ? Alors, Pèlerin poursuit ta route et surtout remercie Dieu de cette luminosité humide, propice aux prises de vues .

La rubrique de Germaine
Le mot du jour : « Méditation »
Avant hier l’hospitalier du gîte de Revel nous a fait tirer des papiers afin de méditer pendant le parcours.
Manu : « Nous commençons à grandir quand nous commençons à accepter notre propre faiblesse. »
Moi : « Il est bon d’être seul parce que la solitude est difficile. Qu’une chose soit difficile, doit nous être une raison de l’entreprendre. »
Mais l’étape parcourue, était trop courte pour méditer. Aujourd’hui le temps pluvieux et les kilomètres plus nombreux y sont plus favorables. Quoi de plus difficile que d’entreprendre le chemin de Compostelle ?…
Quand à Manu, il pense être un géant ayant accepté ses faiblesses devant les dénivelées.


Vendredi 30.04 - Revel à Les Cassés - 15 km – Temps couvert, chaud, pas de pluie
Une étape dite de repos, un sentier le long d’un canal « la rigole » aussi plat et régulier qu’un terrain de pétanque. Habitués à plus, nous survolons l’étape pour arriver au gîte vers 11h30’ après trois petites heures de route . Hébergés et immergés en pleine campagne, nous ne pouvons que reposer nos corps, bailler, dormir, flemmarder, rêvasser, penser… Ah, chemin, quand tu nous tiens !
Petite histoire du canal :
C'est en 1662 que Pierre-Paul Riquet présenta à Colbert son projet de Canal Royal du Languedoc, pour réussir là où beaucoup d'autres avaient échoué : créer une voie d'eau à l'intérieur des terres joignant l'Atlantique à la Méditerranée. L'idée géniale de Riquet fut de capter l'eau de tous les petits ruisseaux de ce gigantesque château d'eau naturel qu'est la Montagne Noire et de la mener par gravité au Seuil de Naurouze, point le plus haut du "Canal des Deux Mers", à partir duquel on alimenterait le Canal.
La rigole de la plaine, récupérant les eaux du ruisseau du SOR en provenance de Durfort, démarre sur la commune de Sorèze au lieu-dit "Pont-Crouzet". Elle traverse ensuite Revel passant par le "Moulin du Roy" autrefois dénommé "Port Louis", puis Saint-Félix Lauragais par "les Thomasses" et "l'Enclas" et quelques communes audoises, avant de rejoindre le Canal du Midi au Seuil de Naurouze, point de partage des eaux entre versant atlantique et versant méditerranéen.


La rubrique de Germaine
Le mot du jour : « Récidivistes »
Depuis le départ nous n’avions pas rencontré de « Novices ». En effet, tous les pèlerins côtoyés sont à leurs second, troisième et quatrième chemins. Seule Jocelyne qui chemine avec nous depuis quelques jours effectue son premier pèlerinage. Ainsi, nous nous informons sur les différents parcours et nous nous voyons repartir déjà vers d’autres horizons « Santiaguesques » ! AH Chemin quand tu nous tiens, tu ne nous lâches plus !



Jeudi 29 Avril - Viviers Les Montagnes à Revel - 26 km – Beau temps chaud

Le chemin traverse des paysages bucoliques, le long de la Montagne Noire. Cependant l’asphalte occupe 90 % de l’étape. La chaleur aidant, nos pieds cuisent à vive allure.
Nous conservons pourtant une image sereine de notre visite à l’abbaye d’En Calcat prés de Dourgne.
Voilà plus de quatre heures que nous marchons. L’idée de poser mon cul quelque part à l’ombre et de casser la graine devient une idée fixe. Deux bancs posés là pour le pèlerin au détour d’un hameau, exaucent mon souhait.
Vers 15 heures, fatigués et transpireux, nous foulons les superbes halles de Revel.

La rubrique de Germaine
Le mot du jour : « Recueillement »
Aujourd’hui, nous avons fait un détour pour visiter une abbaye celle d’En Calcat . Le détour valait la peine. Malheureusement, les églises des villages et parfois des villes sont fermées, donc lorsque l’occasion se présente nous ne la manquons pas. Les lieux facilitent bien sûr le recueillement et c’est le moment idéal pour penser à ceux et celles présents en nous.


Mercredi 28 Avril -Boissezon - Castres – Viviers les Montagnes - 27 km – Beau temps chaud

La visite de Castres nous permet de souffler un peu. La reprise de la course, vers 13 h sous un soleil d’été, devient vite suffocante. L’eau manque mais la gentillesse de l’habitant rencontré résout le problème. Aujourd’hui, nous perdons de vue Yves et Jordi les Belges qui se reposent une journée à Castres, Hector le Chilien qui change de route, Gérard d’Amiens qui reste derrière nous. Ces rencontres furtives et multiples sont restées des moments forts en ce début de parcours. Nous espérons les revoir plus loin et leur souhaitons « buen Camino ». Par contre, Jocelyne de Brives qui perd son amie de route se joint à nous.
Ce soir une chambre d’hôtes nous accueille. L’endroit est beau, nos hôtes sympathiques, le bâtiment superbe, l’intérieur cossu et les repas divins. Nous apprécions.

La rubrique de Germaine
Le mot du jour : « Bavardages »
Depuis Arles, les rencontres sont essentiellement masculines au point que je me suis demandée si le chemin de Compostelle n’était pas devenu une affaire d’hommes ! Et ces hommes, j’en suis témoin, sont très, très bavards !
Mais au fil des jours se sont greffées quelques femmes mais certaines ne faisaient que quelques étapes, d’autres ont abandonné à cause de problèmes de santé. C’est ainsi que nous marchons avec Jocelyne ( dont l’amie a abandonné) pour mon plus grand plaisir, car enfin je peux bavarder !!

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